L'affaire du Bugaled Breizh

 


 
 
Rappel des faits
Le Bugaled Breizh est un chalutier de Loctudy, Finistère (quartier maritime du Guilvinec). Il a coulé le 15 janvier 2004, provoquant la mort de ses 5 marins. Leurs corps n'ont pas été retrouvés.
Ce chalutier de 24 m de long, construit au chantier CBS de Belz (56) en 1986, a coulé au large du cap Lizard (extrémité sud-ouest de la Grande-Bretagne) le 15 janvier 2004 à 12h25 UTC. Le bateau de pêche, propriété de Michel Douce, armateur et artisan-pêcheur, a entraîné dans son naufrage les 5 marins du bord : Yves Gloaguen, Georges Lemétayer, Pascal Le Floch, Patrick Gloaguen, Eric Guillamet.

Bugaled. Un sous-marin américain suspect
Le Télégramme 2 mai 2010

L'enquête sur le naufrage du Bugaled-Breizh est sans doute relancée. Le nouveau rapport d'expert désigne un sous-marin américain comme possible responsable du drame qui a fait trois morts et deux disparus, le 15 janvier 2004, dans la Manche.

Dans un premier rapport, l'expert sous-marinier Dominique Salles avait qualifié de «hautement probable» l'implication d'un sous-marin nucléaire d'attaque dans le naufrage du Bugaled-Breizh. Une thèse opposée à celle de «l'accident» de mer défendue par le procureur de Quimper. En novembre dernier, la chambre d'instruction de Rennes avait donné six mois à Dominique Salles pour «dire s'il s'est produit un événement particulier ou s'il existe une raison objective justifiant la présence, au moment du naufrage, d'un ou plusieurs sous-marins nucléaires d'attaque».

L'expert préconise d'interroger les États-Unis

Un événement particulier? DominiqueSalles dit non. Une raison objective? Là, il dit oui et préconise même de lancer une commission rogatoire internationale vers les États-Unis. Le but : réclamer la position des sous-marins nucléaires d'attaque américains dans la Manche, le 15janvier2004. Car son l'hypothèse, la voici:dans le cadre de l'accord de désarmement militaire nucléaire passé entre les États-Unis et la Russie en septembre2000, les États-Unis devaient éliminer du plutonium de qualité militaire en excédent. Ceci en le transformant en combustible destiné aux centrales nucléaires. La fabrication d'assemblages test ne pouvait être faite qu'en France. Les États-Unis et la France avaient conclu un accord pour un transport de ce plutonium en octobre2004, au port de Cherbourg.

Un SNA américain qui espionnait les Japonais

Compte tenu des risques d'une telle opération, DominiqueSalles soutient que les États-Unis ont pu vouloir contrôler en amont l'efficacité des moyens de protection de ce transport. Or la seule opération similaire avant octobre2004 se tenait le 19janvier 2004. À cette date, le Pacific Sandpiper quittait Cherbourg à destination du Japon avec à bord 132 conteneurs de déchets issus du centre de retraitement de La Hague. Selon l'expert, les États-Unis auraient donc amené un SNA pour espionner cette opération militaire japonaise. L'expert dit qu'il existe là «une raison objective justifiant la présence d'un SNA américain dans la partie ouest de la Manche, y compris la zone du naufrage du Bugaled-Breizh, le 15janvier 2004». L'expert avance que le submersible américain serait effectivement entré en Manche le 15janvier au matin dans la zone du Cap Lizard afin d'éviter d'être repéré par les bâtiments militaires de l'Otan qui devaient se mettre en transit ce jour-là vers la zone de l'exercice interallié Aswex 04.

«Une grande avancée»

Vendredi, les parties civiles ont accueilli ce rapport de façon positive. «C'est une grande avancée», a lancé Rémy Gloaguen, frère d'une des victimes. «Ceci laisse la porte ouverte aux commissions rogatoires internationales», a plaidé Me Bergot, avocat des familles et du comité local des pêches du Guilvinec. Le 1erjuin prochain, devant la chambre d'instruction de Rennes, il défendra, comme Me Kermarrec, avocat de l'armateur, la poursuite des investigations... avec ce nouveau rapport de l'expert en appui.

Pascal Bodéré



L'enquête continue
Le Télégramme -2 juillet 2010 à 10h50

La cour d'appel de Rennes a indiqué ce matin aux parties civiles qu'elle ordonnait la poursuite de l'enquête sur le naufrage du Bugaled-Breizh, le 15 janvier 2004 en Manche. Pour cela, la cour rennaise nomme deux nouveaux magistrats instructeurs de Nantes, en remplacement de la juge d'instruction du Tribunal de grande instance de Quimper.

Pour le président Bartholin, le but est d'identifier le sous-marin "en cause dans le naufrage du Bugaled". Les parties civiles sont"plutôt satisfaites" de cette décision mais regrettent que la question de l'identification des radeaux de survie ait été rejetée par la cour.


Sur la piste d'un sous-marin américain
Le Parisien - 02.07.2010, 11h16 | Mise à jour : 14h31

La chambre d'instruction de la cour d'appel de Rennes a annoncé vendredi, sa décision de relancer l'enquête pour «identifier le sous-marin en cause dans le naufrage du Bugaled Breizh». Ce chalutier breton a coulé en quelques minutes, au large des côtes anglaises, le 15 janvier 2004, dans des circonstances encore non élucidées.

Des manoeuvres militaires de l'Otan, ainsi qu'un exercice de la Marine britannique se déroulaient dans cette zone. Le naufrage a entraîné la mort de cinq hommes d'équipage.
«La cour ordonne la poursuite de l'information judiciaire dans le but d'identifier le sous-marin en cause dans le naufrage du Bugaled Breizh», a déclaré à l'audience Jean Bartholin, le président de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Rennes.

Deux juges d'instruction de Nantes, Jacky Coulon et Robert Tchalian, ont été nommés «pour orienter leurs recherches vers l'identification du sous-marin», a-t-il ajouté.

Cette décision qui répond à la demande ardente des parties civiles fait suite à un rapport d'expert sous-marinier selon lequel «il existe une probabilité pour qu'un sous-marin nucléaire d'attaque américain soit impliqué dans le naufrage».

Selon ce rapport, le sous-marin nucléaire se serait trouvé dans la zone du naufrage lors d'une mission d'observation discrète d'un transport de résidus nucléaire vitrifiés au départ du port de Cherbourg.

Dans son arrêt, la cour d'appel précise «qu'il apparaît nécessaire à la manifestation de la vérité que les investigations se poursuivent afin qu'il soit demandé aux autorités américaines de donner la position de leurs sous-marins nucléaires d'attaque le 15 janvier 2004 vers 12H00».

La cour a par ailleurs confirmé le rejet de plusieurs demandes d'investigations supplémentaires dont celle concernant la panne d'enregistrement des communications du Cross (centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) du cap Gris-Nez pendant plusieurs heures, immédiatement après le naufrage.


 

 
 

Un excellent document-enquête de Yann Queffélec dont je vous recommande la lecture.

Présent aux "Rencontres avec la mer" le week end des 25-26 avril, l’auteur des Noces barbares a déclaré souffrir avec les Bretons. "Je souffre avec les marins bretons lorsqu’on leur fait du mal", déclare Yann Queffélec qui rejette la thèse officielle servie par les gouvernements européens pour expliquer le drame du 15 janvier 2004. L’écrivain est persuadé que c’est bien un sous-marin qui a coulé le chalutier. Du reste, c’était aussi la conviction du juge d’instruction.C’est après avoir rencontré Thierry Le Métayer, le fils du mécanicien du Bugaled Breizh que Yann Queffélec a souhaité ardemment, comme il dit, "venir au secours d’une vérité". Mais son ouvrage n’apporte pas de preuves ni de faits nouveaux. Il s’agit avant tout d’une fiction, "une fiction pour venir au secours d’une vérité qui ne veut pas se dire", précise-t-il au journaliste Le Télégramme.Il est persuadé comme la plupart de personnes touchées de près ou de loin par ce drame, qu’il y a complot sur la manière officielle de présenter les faits. Rappelons que quelques heures après le naufrage, un communiqué de la préfecture maritime de l’Atlantique annonçait qu’un exercice militaire sous-marin de l’OTAN avait lieu autour de la zone du naufrage. Plusieurs sous-marins sont susceptibles d’être la cause de l’envoi par le fond du chalutier breton : le sous-marin néerlandais Dolfjin, le sous-marin britannique HMS Turbulent et, peut-être sous-marin allemand U22 ainsi que d’autres sous-marins plus loin.Le juge d’instruction envisagea également la présence d’un sous-marin inconnu venu espionner l’exercice de l’OTAN. Ce même magistrat, le 28 juin 2007, avançait comme "la plus plausible" la thèse de l’accrochage avec un sous-marin. Mais que pèse la conviction d’un juge d’instruction face à la raison d’Etat ? Michel Kermarrec, l’avocat du propriétaire du Bugaled parle d’une conspiration du silence de la part des élus et gouvernements européens et remercie l’écrivain de mettre sa plume au service de cette cause qu’en haut lieu on voudrait classée à tout jamais. Car l’avocat ne cache pas son impuissance face à un intouchable secret défense contre lequel même la justice rendue "au nom du peuple français" ne peut rien. Il salue d’autant plus l’initiative de Yann Queffélec car, selon lui, seul un mouvement populaire pourrait faire espérer d’avancer sur le chemin de la vérité. Selon lui, "ce droit à la vérité devient une valeur sociale".L’affaire s’avère être la plus coûteuse de l’histoire. Ces cinq années d’enquêtes, d’études, de simulations, ainsi que le renflouement du bateau ont coûté une fortune à l’État français, ce qui peut amener à s’interroger sur les motivations de ce dernier : établir la vérité ou mettre des moyens importants en branle pour s’assurer qu’elle ne refasse pas surface -c’est le cas de le dire - ? Evidemment, si la responsabilité de l’Etat venait à être prouvée, la facture serait encore plus lourde pour ce dernier, contraint à indemniser les familles des victimes. Ce qui ne serait que justice.Alors que les familles des victimes reprochent aux autorités d’entraver l’enquête judiciaire en falsifiant et en dissimulant des documents, et dénoncent le manque de coopération des autorités britanniques et allemandes, une plainte contre X pour entrave à l’enquête a été déposée en janvier 2007 et seule une mobilisation forte peut permettre de garder espoir pour que, dans cette histoire non élucidée, les causes du drame ne soient pas étouffées.


 

 
   
Pierre Lastennet © 2009
 
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dernière mise à jour : 6 juillet, 2010